Le Grenelle de l'Environnement

Publié le par citoyen 52

Dans les coulisses du Grenelle de l'environnement

Récit des deux mois qui ont conduit à la remise de centaines de recommandations au ministre, jeudi.

J-L. Borloo parle lors du Grenelle de l'environnement (Benoit Tessier/Reuters).

C'était jeudi matin. Le Grenelle de l'environnement tombait le voile derrière lequel il s'abritait depuis plus de deux mois. Devant la presse, les groupes de travail ont remis leur rapport au ministre Jean-Louis Borloo, achevant ainsi triomphalement la première phase du Grenelle. Symbolique oblige, c'est une clé USB qui a circulé de main en main, petit outil écologique qui renfermait les 1000 pages de rapports.

Toute la presse y était. La conférence a été filmée, enregistrée, analysée, synthétisée. En revanche, les réunions qui se sont déroulées en amont, avec près de 300 hommes et femmes, de cultures et d'horizons différents, se sont tenues en toute discrétion. Interdits au public comme à la presse, les groupes de travail ont toutefois offert aux rares journalistes qui patientaient devant les portes un spectacle digne de la Tour de Babel. Un ballet d'intervenants aux langages différents, qui oscillaient entre coups de gueule et petites victoires, espoirs et désillusions.

Six axes de réflexion

La première phase du Grenelle, c'était: six groupes de travail, autour de six axes de réflexion (climat, biodiversité, environnement et santé, production et consommation durables, démocratie écologique, économie et écologie). Ajoutez-y deux intergroupes sur les déchets et les OGM. Pour chaque groupe, une cinquantaine de personnes, réparties, outre les présidents et les rapporteurs, en six collèges: des représentants de l'Etat, des ONG, des salariés, des employeurs, des collectivités territoriales et quelques experts.

Pour parachever le décor, situez les réunions dans des lieux surprenants mais motivants, comme l'Office national des forêts ou le Muséum d'histoire naturelle.

Les premières réunions ont nagé dans le "consensus mou". Comme le souligne Basile Gueorguievski, membre de WWF, c'est quand les désaccords sont apparus que le travail a commencé:

Problèmes de méthodologie

Sur certains dossiers, comme dans le groupe "Santé et environnement", les débats ont été acharnés. La suppression de pesticides relevait pour certains du simple principe de précaution, tandis qu'il s'agissait pour d'autres d'une mesure arbitraire. Rien que du très normal selon son président Dominique Maraninchi:

La dernière réunion de ce groupe a tout de même dû être interrompue dans la matinée. Problème de méthodologie, a-t-on avancé. André Cicollela, du collège ONG, s'exprime plus librement: "J'ai failli partir! Il y a un principe fondamental dans la santé environnementale et humaine, c'est celui de précaution. Quand on ne connaît pas les dangers d'un produit, on ne l'utilise pas. Cette notion, acceptée auparavant, ne figurait plus dans l'introduction de la synthèse!"

Problèmes de méthodologie, oublis dans les rapports de réunions, ces critiques ont été fréquentes. La dernière réunion de l'intergroupe "Déchets" a ainsi débuté avec un collège ONG grognon. "Nous demandions une responsabilité plus importante sur les producteurs pour les inciter à diminuer la production de déchets à la source. Proposition retirée du rapport!", s'est plaint Florence Couraud, directrice du Centre national d'information indépendante sur les déchets (Cniid).

"Quant à la demande d'un moratoire pour suspendre la construction de nouveaux incinérateurs, elle a été déformée." Ce moratoire, particulièrement débattu au sein du groupe, a été reformulé mais n'a finalement pas trouvé d'accord. Il figure donc dans la synthèse finale comme "point important", avec peu d'espoir d'aboutir.

Des alliances parfois surprenantes

Au-delà de ces critiques, pour certains membres dont Basile Gueorguievski, il y a la surprise et la satisfaction d'avoir vu des accords se nouer, au-delà des clivages habituels:

Parmi les alliances surprenantes, la CGT et le Medef, unis de front dans l'atelier énergétique du groupe 1, contre la possibilité d'atteindre 25% d'énergie renouvelable d'ici 2020. Autre exemple, la FNSEA contre le Medef, le ministère et les ONG sur une éventuelle suppression des OGM.

Et puis il y a les accords osés qui ont fait l'unanimité. On trouve en vrac 20% d'agriculture biologique dans les cantines pour 2012, la réforme du Conseil économique et social, la valorisation des comportements écologiques, comme l'attribution de points retraites aux agriculteurs respectueux de l'environnement, la construction de bâtiments neufs de performance basse consommation, à 50 kilowattheures/m², d'ici 2015... Plusieurs centaines de propositions qui ont trouvé un consensus, autant de petites victoires.

Mais le constat est plus décevant sur certains gros dossiers. La conclusion sur le nucléaire, notamment sur l'EPR, est plus que fade: "Le groupe émet un constat de désaccord sur l'avenir du parc nucléaire."

Et pour compliquer le déroulement, il y a eu aussi quelques maladresses. Au hasard, la déclaration de Jean-Louis Borloo sur les OGM, déstabilisant ainsi la réunion du lendemain. Il en a fallu, de la concentration, pour se replonger dans le fond du problème, comme l'explique Jean-François Legrand, président du groupe OGM:

Que ressortira-t-il de toutes ces propositions dans un mois? Comme l'explique avec philosophie Jacques Lion, responsable de l'atelier "Bâtiment et urbanisme", il faut maintenant convaincre les autres:

Deux phases supplémentaires attendent désormais ces rapports de travail: un débat en région et une table ronde finale fin octobre. Arnaud Gossement, porte-parole de France Nature Environnement (FNE), avoue avec lucidité: "Je sais que beaucoup de négociations vont se poursuivre dans les cabinets ministériels et les antichambres de l'Assemblée. A partir d'aujourd'hui, les lobbies vont entrer en action et les ONG ne sont pas gagnantes dans ce domaine". Ce Grenelle aura au moins donné à ces ONG une visibilité et une occasion de se faire entendre inespérée.



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Publié dans Articles de presse

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