Alerte ! Par Laurent Joffrin

Publié le par citoyen 52

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Laurent Joffrin
QUOTIDIEN : vendredi 9 novembre 2007
      
 
Il n’y a pas encore d’incendie. Mais il y a une étincelle. Dans ce paysage hautement inflammable qu’est l’université française, le feu peut maintenant se propager. Pour l’étouffer, il faudra plus qu’un budget généreux, dont on use comme d’un camion d’eau. Bien sûr, les défenseurs du gouvernement ironiseront. La contestation, diront-ils, s’ameute contre un projet voté il y a plusieurs mois. Que ne l’a-t-on dénoncé à l’époque ? Au contraire, les syndicats étudiants, en échange d’une amélioration de la vie matérielle universitaire, y ont consenti. La loi Pécresse, au demeurant, qui vise à moderniser la gestion des facs, ne mérite pas cette indignité. L’action de petits groupes radicaux, conclura-t-on, explique cette agitation soudaine. Certes. Mais si cette fois leurs mots d’ordre sont entendus, si les organisations plus représentatives prennent la tête d’un début de mouvement, c’est qu’il y a autre chose. Qui affleure dans le caractère disparate des cahiers de revendications. Les étudiants craignent les effets lointains d’une décentralisation qui a conduit dans d’autres pays à l’augmentation des droits d’inscription et à l’instauration d’une sélection précoce. Mais ils veulent surtout, pour nombre d’entre eux, exprimer leur opposition à la politique Sarkozy. C’est l’inconvénient de l’omniprésence : on rassure ses amis mais on exaspère ses adversaires. Et ceux-ci sont tentés de faire converger leurs mécontentements. Voilà ce qui se joue sur les campus : non tant le sort de la loi Pécresse que la constitution d’un front anti-Sarkozy. Pour la première fois depuis l’élection, l’alarme sonne.

Publié dans Articles de presse

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