Arrière-fond politique de l'équipée de Disneyland

Publié le par citoyen 52

(Mariane2 du 18/12)
Sarkozy, le soixante-huitard démasqué

Retour sur l'arrière-fond politique de l'équipée de Disneyland : il n'y a pas que le cul dans la vie...

 
Sarkozy, le soixante-huitard démasqué
 
On venait de boucler la semaine Kadhafi, on entrait dans la semaine pouvoir d'achat, thème sur lequel le Président n'est pas à l'aise. Alors, on aura la semaine Bruni. Oh, n'allez pas imaginer plan com, complot et compagnie. Les choses ont été beaucoup plus simples que ça. Nulle cellule de l'Elysée, nulle convocation des paparazzi, comme il a été expliqué ici et là.
Il y a d'abord le boulot de base des photographes de cour, stimulés, sur l'affaire Bruni depuis plusieurs semaines, les conseillers de la Cour n'hésitant pas à chuchoter et sourire en évoquant les « frasques » du Président. Un signe de bonne santé que cette libido triomphante, vous ne trouvez pas ? Vous aimeriez mieux que notre Kaiser déprime ? Allons donc ! La gaudriole, ça réveille l'agilité intellectuelle en même temps que la bonne humeur ! Franchement, Sarko avec Bruni à Eurodisney ou à Charm el-Cheikh, « ça le fait plus » que Sarko avec « Moman » à Pékin, non?

Le Président piétine le candidat

Alors quand les paparazzi ont vu le mini-cortège présidentiel se diriger vers l'est de Paris, tout le monde a compris la destination probable de l'équipée présidentielle. Il y a eu, sans doute, le désir de Carla Bruni de ne pas se cacher, doux euphémisme pour une publicité probablement souhaitée par une jeune femme habituée aux unes de journaux depuis longtemps, et celui du Président de lui faire plaisir et surtout d'être, comme d'habitude, là où on ne l'attend pas. Va pour Eurodisney. Va pour les paparazzi. Va pour les confidences de la chanteuse à ses amis des médias, qui ont allumé la mèche.
Sauf que, dans cette affaire, Nicolas Sarkozy s'est oublié lui-même. Comme d'habitude, le Président méprise et piétine le candidat.
La semaine passée, Sarkozy-Président avait oublié que Sarkozy-candidat avait prétendu devenir le président des droits de l'homme. Cette semaine, Sarkozy-Président avait oublié que Sarkozy-candidat avait promis que l'on ne l'y reprendrait plus à médiatiser sa vie privée. La promesse valait pour un mari cocu. Elle ne vaut plus pour un amant qui croit sans doute distraire les Français des sujets qui fâchent. C'était, en somme, le choix qui s'offrait au Président : rester un cocu magnifique ou cocufier le peuple qui a cru en une nouvelle figure de l'autorité et de la restauration.

Jean-Paul II, un exemple pour la jeunesse ?
Mais il y a plus étrange encore, ou cocasse puisque seul l'humour peut nous sauver du ridicule dont, visiblement, Nicolas Sarkozy n'a aucune idée, comme souvent les personnes incultes : le sens du ridicule a une relation charnelle avec la littérature car on l'apprend par les livres. Rappelez-vous, ce n'est pas si loin. Le 30 avril de cette même année 2007, Nicolas Sarkozy avait conclu sa campagne par une charge virile contre Mai 68, «dont il fallait tourner la page». Dans ses discours, la charge contre Mai et « ses enfants gâtés » prenait parfois une forme un peu « réac » sur les bords. Nicolas Sarkozy citait en exemple « Jean Paul II qui est et restera un exemple pour les jeunes ». Il vilipendait la « crise morale », héritage de Mai 68. Bref, les discours de Sarko avaient alors un parfum de révolution néo-conservatrice qui, ajoutés à l'amitié avec George Bush, faisait de lui le candidat de toutes les droites.
Six mois après son élection, notre Président doit susciter bien des interrogations au sein de cet électorat. Son divorce pouvait encore être mis sur le compte d'une épouse déphasée ou délurée. Mais son choix de revendiquer haut et fort une liaison à peine entamée avec Carla Bruni risque de troubler encore bien davantage. Désormais Sarkozy devient l'homme qui ne recule devant aucun scandale, aucune transgression. Libre. Oui, mais de quoi?

Au mois de mai 2006, après un meeting en province, s'apprêtant à sortir du local et à affronter des dizaines de photographes, notre hidalgo national avait chuchoté à l'oreille de sa compagne du moment, une journaliste du Figaro : «Si tu es d'accord, on annonce notre mariage là, maintenant.» La dame avait eu la sagesse de refuser la « botte », sans doute parce que son esprit répugnait à mélanger un projet de couple et une percée médiatique.
Là, maintenant ! C'était tout Sarko. Ceux qui connaissent cette scène ne s'étonneront pas de la facilité avec laquelle le Président enchaîne la fin de son couple avec Cécilia sur une nouvelle affaire amoureuse sans respecter un quelconque délai de viduité. Les divorcés expérimentés s'étonneront encore plus de la légèreté avec laquelle les enfants des acteurs – le petit Louis Sarkozy hier, le petit Aurélien Enthoven aujourd'hui – sont mêlés aux amours parentales et entraînés malgré eux à faire la une des journaux du monde entier sans aucun égard pour leur intimité ou leur libre-arbitre, qui, on le sait, n'est pas encore constitué à six ans. Mais sans doute ce souci des enfants est-il l'apanage des vieux réactionnaires auxquels le Président fait aujourd'hui un pied de nez. Rejoignant ainsi une génération pour laquelle l'hédonisme mérite qu'on lui sacrifie à peu près tout.
Sarkozy l'avait donc bien soigneusement caché à ses électeurs lepénistes, comme à ceux de la droite traditionnelle : il est bien un soixante-huitard qui n'a gardé de la révolution que ce qui lui a finalement survécu, et qui n'est guère « de gauche », les mœurs dites libres et l'argent.

Publié dans Articles de presse

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