Pauvres de nous
Extrait de "Résistances" (Le journal du refus de la misère)
Par Patrick Viveret, philisophe, magistrat à la Cour des comptes.
Je préfère parler de misère plus que de pauvreté, de victimes de la guerre économique p
lus que de personnes en situation de pauvreté. La misère est une situation de sous-humanité. Il y a évidemment toutes les conditions matérielles qui contraignent les êtres humains à lutter au quotidien pour tenter simplement de survivre. Mais la misère est aux deux bouts de la chaîne. Elle est aussi très souvent du côté des riches et des puissants, sous la forme de misère affective et spirituelle. Le fait de considérer en permanence autrui comme un rival, comme une menace, conduit à être dans une situation de solitude et de misère affective. Et si le but de la vie est de devenir un producteur compétitif, mû par le seul désir de possession, on ajoute la misère éthique et spirituelle à la misère affective. Cette hypothèse se vérifie tant à l'échelle mondiale que dans nos propres sociétés. Sur le plan planétaire, les budgets qui gèrent le mal-être et la maltraitance (armement et stupéfiants) représentent vingt fois les sommes qui seraient nécessaires, selon les Nations unies, pour éradiquer la faim et permettre l'accès aux soins de base, à l'eau potable pour tous. Les seules dépenses de publicité représentent, elle, 700 milliards de dollars par an !
De même, dans une société riche comme la France, les quelque 20 milliards de cadeaux fiscaux à la population la plus riche sont compensés par des ponctions toujours plus sévères (franchise médicale, taxes sur les consommations non proportionnelles aux revenus) sur les catégories les plus modestes ou victimes de l'exclusion.
Plus que jamais nous devons faire nôtre la forte phrase de Victor Hugo : "Vous voulez les pauvres secourus, je veux la misère supprimée !"
Par Patrick Viveret, philisophe, magistrat à la Cour des comptes.
Je préfère parler de misère plus que de pauvreté, de victimes de la guerre économique p
lus que de personnes en situation de pauvreté. La misère est une situation de sous-humanité. Il y a évidemment toutes les conditions matérielles qui contraignent les êtres humains à lutter au quotidien pour tenter simplement de survivre. Mais la misère est aux deux bouts de la chaîne. Elle est aussi très souvent du côté des riches et des puissants, sous la forme de misère affective et spirituelle. Le fait de considérer en permanence autrui comme un rival, comme une menace, conduit à être dans une situation de solitude et de misère affective. Et si le but de la vie est de devenir un producteur compétitif, mû par le seul désir de possession, on ajoute la misère éthique et spirituelle à la misère affective. Cette hypothèse se vérifie tant à l'échelle mondiale que dans nos propres sociétés. Sur le plan planétaire, les budgets qui gèrent le mal-être et la maltraitance (armement et stupéfiants) représentent vingt fois les sommes qui seraient nécessaires, selon les Nations unies, pour éradiquer la faim et permettre l'accès aux soins de base, à l'eau potable pour tous. Les seules dépenses de publicité représentent, elle, 700 milliards de dollars par an !De même, dans une société riche comme la France, les quelque 20 milliards de cadeaux fiscaux à la population la plus riche sont compensés par des ponctions toujours plus sévères (franchise médicale, taxes sur les consommations non proportionnelles aux revenus) sur les catégories les plus modestes ou victimes de l'exclusion.
Plus que jamais nous devons faire nôtre la forte phrase de Victor Hugo : "Vous voulez les pauvres secourus, je veux la misère supprimée !"
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