"Pas de train ? Pas de bus ? Prenez un Airbus !"

Publié le par citoyen 52

Le-canard-enchaine-nom-27-10-2004.jpgATTENTION A LA MARCHE !

Les kilomètres à pied, comme chacun sait, ça use les souliers. Mais cela peut aussi râper les cotes de popularité. En cette semaine sans train ni métro, avec l'épreuve de force sur les retraites et la chronique d'une crise sociale annoncée, notre omniprésident court le risque de vérifier à ses dépens.

Il n'en fait pas moins les fiers-à-bras - "C'est toi qu'as dit ça, descends un peu l'dire là ..." - en répondant aux marins pêcheurs mal embouchés avec un langage de poissonnière et en jouant les rodomonts intraitables face aux syndicats des transports. Il va même jusqu'à déclarer sans rire, au nom de la rupture assumée, qu'il est prêt à "prendre le risque de l'impopularité". Un risque évidemment assez calculé pour un omniprésident qui gouverne aux sondages.

Il sait que sur l'alignement des régimes spéciaux de retraite l'opinion lui est plutôt acquise. Et peut brandir des sondages rappelant que le pays n'est pas favorable aux grèves. Mais il sait également que les sondés sont du genre versatile et que le terrain social reste des plus dérapants. Juppé, pour s'y être aventuré "droit dans ses bottes" en d'autres temps, s'y est étalé sévèrement.

Du coup, tout en montrant ses muscles, il martèle : "Moi je ne ferai pas ce que les autres ont fait avant." Une façon de dire que, à l'inverse de Juppé et Chirac en 1995, il ne cédera pas face à la rue. Mais de sous-entendre aussi que, contrairement à ceux-ci, il ne laissera pas trop longtemps s'envenimer le conflit. L'intraitable, quand les vents de l'opinion lui sont contraires, peut se montrer discrètement conciliant. Les marins pêcheurs, avec leur exonération de charges patronales pour six mois aux premiers cris de colère, ne diront pas le contraire.
Sarko a le bras de fer sélectif et module évidemment sa détermination en fonction de ses intérêts du moment. Il escompte donc, tout en sujouant les durs, passer avec souplesse là où Juppé a échoué pour cause de rigidité.
Il n'est guère contrarié dans cette opération par le PS, qui, tout à sa cacophonie interne, ne sait pas trop quelle partition jouer dans ce conflit. Les syndicats, eux aussi, sont un peu gênés aux entournures dans cette grève qu'ils savent peu populaire. Sarko a donc beau jeu d'en rajouter en espérant remporter un succès sur le dossier emblématique des retraites vis-à-vis de son électorat. 
Il s'inquète certes un peu d'un effet boule de neige avec d'autres mouvements étudiants, magistrats, etc. Mais le vrai sujet social qui fâche notre omniprésident avec l'opinion n'est pas là, c'est évidemment encore et toujours celui du pouvoir d'achat.

Autrement dit celui de la politique économique qu'il a menée depuis son élection. Et qui, rodomontades médiatiques répétées en paquets fiscaux aux plus favorisés, en passant par le symbole malvenu de son salaire triplé, n'a guère donné sur ce plan de résultats sonnants et trébuchants chez les salariés. Et ceproblème, d'autres sondages en attestent, a déjà commencé sérieusement à le rattraper, même en marchant à pied. 

Erik Empaz

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Publié dans Articles de presse

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