Kerviel ou le miroir du risque
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. La Société générale nie la dimension spéculative des activités de trader. La bonne blague...
Il est vrai que ce sont des marges très faibles. La Société générale a raison, ce n'est pas sur ce genre de produit qu'on gagne beaucoup d'argent, ou qu'on en perd beaucoup ; et si l'on veut faire vraiment du bénéfice, il faut compenser par la masse engagée, ce qu'a fait Jérôme Kerviel. Il était dans une activité où l'on ne peut guère gagner, il a voulu gagner beaucoup, et l'on connaît la suite. Il se fiait à son flair, à sa bonne étoile ; on ne peut pas faire autrement, et tous les modèles mathématiques n'y changeront rien. Keynes comparait la bourse à un concours de beauté. Comment deviner le futur prix ? Supposez que vous ayiez à donner un prix de beauté entre dix jolis visages. Qui aura le prix ? Vous devez choisir le visage qui a non pas vos faveurs, mais celui qui sera choisi par la majorité des joueurs. Donc vous devez vous mettre à la place des autres joueurs. Mais ce n'est pas tout : vous devez vous dire que tous les autres font aussi ce calcul : il faut que vous anticipiez sachant que les autres anticipent sur vous. Vous savez, sachant que les autres savent que vous savez qu'ils savent... A l'infinii. Un vrai jeu de miroirs… C'est de la spéculation : « speculum » veut dire miroir en latin. Malheureusement, pour jouer à ce jeu de reflets il faut engager de l'argent qui n'est virtuel, qui est celui de la banque, autrement dit celui des clients. Mais il faut savoir que ce que le jeune Kerviel a perdu, d'autres l'ont gagné. Beaucoup plus grave est l'affaire des «subprimes», où là, tout le monde a perdu.
Dicton : « La route qui mène à la fortune n'est pas celle qui mène à la vertu. » (Adam Smith)
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