Sarko : « Car télé mon bon plaisir ! »

Publié le par citoyen 52


Voici un article paru sur la première page du « Canard enchaîné » d’aujourd’hui au sujet du remplacement de PPDA par Laurence Ferrari.

Travail à la chaîne

Si dans une grande entreprise de télévision privée et de béton armé, le fait de remplacer un présentateur par une présentatrice n’est pas en soi une affaire d’Etat, il n’en va évidemment pas de même quand une telle décision émane du chef dudit Eta. Or, dans l’affaire TF1-PPDA, tel semble bien être le cas.

Ce n’est ni une première ni une révélation : notre omni président ne s’est jamais donné la peine de cacher qu’en plus de ses multiples activités il se voit aussi comme un super patron de chaînes de télévision. Certes, le travers est assez classique chez les présidents de la République. Quel que soit leur bord ou leurs grandes résolutions, ils en viennent tous assez rapidement, et de façon plus ou moins insidieuse, à mettre leur grain de sel personnel dans l’audiovisuel. Non seulement Sarko ne fait pas exception, mais en plus il fait du zèle.

Sans remonter aux menaces diverses qu’il proféra ici ou là pendant la campagne quand il n’était pas satisfait de l’accueil, des présentateurs, voire des maquilleuses, d’une chaîne ou d’une autre, ni se souvenir de Jean-Pierre Elkabbach qui lui demandait conseil sur les nominations à Europe 1 alors qu’il n’était encore que ministre de l’Intérieur, force est de constater que, à peine arrivé à l’Elysée, Sarko a vite annoncé la couleur.

Il a ainsi promptement fait nommer à l’état-major de la chaîne de son ami Martin Bouugues son directeur de campagne adjoint, Laurent Solly. Il n’a guère dissimulé non plus ses intentions de faire valser une direction de l’information pourtant aux ordres mais qui avait, à ses yeux, le tort d’être marquée du sceau de la Chiraquie, c’est-à-dire d’un passé sur lequel il n’aime pas s’appesantir car il n’est pars raccord avec sa « nouveauté ».

La nomination de Laurence Ferrari et l’arrivée de l’ami de vacances Jean-Claude Dassier à la tête de l’info de TF1 s’inscrivent bien sûr dans cette volonté lourdement affichée de « rupture » et de renouveau intéressé. De leur côté, les amis propriétaires de chaîne n’auront pas à se plaindre de laisser Sarko leur suggérer les bonnes décisions, le super directeur des programmes n’est pas un ingrat. Suppression de la pub sur les chaînes publiques, donc plus de pub pour les chaînes privées, promesse d’une deuxième coupure, changement des règles de concentration, les cadeaux aux amis des chaînes privées n’en finissent pas de s’annoncer. Et, dans le même temps, par le principe des vases communicants, la mainmise sur les chaînes publiques, rendues pour leur financement encore plus dépendantes de l’Etat, se renforce avec ou sans CSA. Des libéralités aux amis du privé et plus de contrôle sur les télés publiques, le super directeur des programmes peut être comblé !

Avec l’éviction de PPDA, il ne s’agit pas, on l’aura compris, de verser des larmes de crocodile sur un journaliste qui sort finalement plus glorieux en « martyr » de la Sarkozye que s’il avait atteint la limite d’âge. Il n’est pas question non plus de mettre en doute les talents de sa remplaçante Laurence Ferrari ou des nouveaux nommés, mais de s’inquiéter, une fois de plus, de la mainmise de l’Elysée sur l’information et la télé. Le problème n’est pas que les icônes de TF1 changent, mais que les mauvaises habitudes pouvoir perdurent !

Erik Empaz.


Négocier ? Ca fait scier !

 

Ils avaient cru que Sarkozy n’avait rien à voir avec Margaret Thatcher. Qu’on pouvait s’entendre avec lui, discuter franchement, sans entourloupe ni coup par-derrière, ni direct au foie. Ne s’était-il pas vanter de vouloir « moderniser le dialogue social » ? Les syndicats, CFDT, CGT notamment, avaient joué le jeu. Négocié non seulement sur la représentativité syndicale, mais aussi sur les 35 heures. Sur ce sujet crucial, un accord avait été trouvé entre eux et le Medef. Une « position commune » dont chacun se félicitait. Elle était simple : d’un côté on garde les 35 heures, comme durée légale du travail, de l’autre on y injecte un peu de souplesse en permettant à chaque entreprise de dépasser « à titre expérimental » le contingent conventionnel d’heures supplémentaires, à condition que soient d’accord les syndicats représentant au moins la moitié des salariés. Mais patatras ! à peine les « partenaires sociaux », comme on dit, s’étaient-ils mis d’accord, que, ce 28 mai, le ministre Xavier Bertrand pondait un projet de loi sur les 35 heures piétinant allégrement cet accord.

Ce projet, bien qu gardant apparemment les 35 heures comme durée légale, les assassine tout net : il balaie la notion d’essai « expérimental », et affirme carrément que chaque patron pourra imposer 48 heures de travail à ses salariés (il suffira que les syndicats représentant 30 %  d’entre eux soient d’accord). Là, il ne s’agit plus d’assouplir les 35 heures, mais de les pulvériser purement et simplement. Du coup, la CFDT, la CGT, mais aussi le Medef, sont furax. Et Sarkozy jubile : quelle belle embrouille ! Réussir à faire croire au dialogue, et tataner les représentants des salariés. Lesquels n’ont plus qu’à manifester : « Le gouvernement nous renvoie, avec un dédain certain, à nos banderoles », note François Chérèque. Tu veux du dialogue social ? Tiens, prends ça dans les dents, et retourne dans la rue ! Sarkozy peut se féliciter : la droite la plus réac, la plus sectaire, la plus thatchérienne, ne se sent plus de joie ; les syndicalistes réformistes sont humiliés, et sortiront les banderoles le mardi 17 juin.

La France de Sarkozy est un grand pays moderne.

 

J.L. P.

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Publié dans Articles de presse

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