L'ouverture jusqu'à la lie.

Publié le par citoyen 52

Article de Nicolas DOMENACH, paru ce jour dans "Marianne" 

"Dans l'état-major du PS souffle un vent d'affolement", révèle le sénateur maire socialiste Gérard Collomb dans Le Figaro. Ce n'est pas un simple vent, mais un mistral, un blizzard, une tempête tourbillonnante de vents brûlants et glacés à la fois qui semble leur faire perdre la tête, ou du moins de qu'il en reste. Pas un jour en effet sans que le Président ne prenne une initiative qui referme davantage encore sur eux les mâchoires de fer du piège de l'ouverture.
Démonstration éclatante avec la candidature de DSK pour le FMI que soutient Nicolas SARKOZY au nom de l'expérience, des qualités de l'homme et de l'intérêt supérieur de la France. Refuser cet appui majestueux, c'est passer pour mauvais français, opposant grognon et sectaire. Surtout quand on ne demande qu'une chose, c'est de décrocher ce poste ! 

Les strauss-kahniens peuvent bien expliquer que ce sont les européens qui ont poussé la candidature de leur chef et que Sarkozy ne fait que faire semblant d'organiser ce qui lui échappe, il n'empêche : le bénéfice politique de cette affaire est encore pour le Président père Noël de la nation. Il conforte encore son personnage de chef d'Etat débonnaire et moderne en missionnant et commissionnant partout des socialistes. Hubert Védrine à la mondialisation, Jacques Attali au développement micro et macro, et puis aux institutions Jack Lang mais aussi Olivier Schramek, l'ex-directeur de cabinet de Jospin et encore Guy Carcassonne, l'ancien rocardien. Des personnages, des personnalités légitimes, reconnues comme ces ministres et ces sous-ministres qui participent plein sourires à ce gouvernement sarkoziste en criant et en sautant commes cabris : "Je suis de gauche, je suis de gauche...". Mais alors qui est encore dans l'opposition si la gauche est au pouvoir avec une droite et que la direction du PS ne s'en offusque pas outre mesure ? Il s'en faut .....

La vérité oblige à dire que les élus du PS regardent les transfuges comme des veinards davantage que comme des égarés ou des traîtres. Alors que les militants socialistes, eux dénoncent violemment ces félons, ces socialistes de la soupière et, pour certains, rendent leurs cartes, écoeurés. Alors que l'hémorragie, au sommet, se poursuit, s'aggrave, aucune décision collective n'est prise. Quand Jean-Marc Ayrault, le président du groupe menace Jack Lang de rétorsion, d'autres voix crient au sectarisme, alors qu'il y aurait quelque raison d'exigiger que le parlement dise son mot sur une réforme institutionnelle, et que la commission de révision ne soit pas celle du bon plaisir sarkozyste, mais qu'elle soit représentative des forces partisanes. C'est là où le piège est redoutable. Car s'opposer aux manoeuvres présidentielles, c'est paraître aller contre un chef de l'Etat d'apparence magnanime qui vise un double but : améliorer le fonctionnement de la démocratie française et ...achever de décapiter comme de désorienter la gauche avant les municipales. L'objectif politicien est bien là, ainsi que Nicolas Sarkozy en personne l'a expliqué aux dirigeants de l'UMP réunis à l'Elysée la semaine dernière. 

Les grandes villes ayant voté à gauche et au centre, il faut prendre en compte ces votes et poursuivre la politique d'ouverture non seulement au niveau national, mais aussi au niveau local. Ca ne sera pas facile, car on a vu les résistances sors du conseil national de l'UMP. Nombre d'élus trouvent qu'ils sont les "cocus de l'affaire", comme ils disent et qu'on confie les responsabilités plus facilement à des socialistes arrogants qu'à des militants de droite fidèles et dévoués. Mais il faut en passer par là. Un bon socialiste est un socialiste acheté. "Regardez les sondages, cette ouverture c'est ce que les Français veulent", a martelé Sarkozy, jubilant devant le désarroi des adversaires. "Ils ne savent plus où sont leurs marques, profitez-en. Ils sont perdus".

C'est exact. Le défaut de réponse collective, le chacun pour soir qui règne au PS, le triomphe des ambitions personnelles, l'absence totale de direction, le manque absolu de repères idéologiques... Nicolas Sarkozy fait éclater ces vérités cruelles au grand jour. Il les amplifie, ce qui jette les militants dans une rage folle et une déprime terrible. Mais on peut y voir un point positif : en accélérant la crise au PS, Nicolas Sarkozy peut accélérer aussi sa résolution. Il bouscule le calendrier de l'immobilisme. Les jeunes lions qui n'en pouvaient plus des éléphants vont avoir l'occasion de donner de la dent même si ce sont des dents de lait. Le temps des Cambadélis, des Mélenchon, des Valls, des Bartolone est venu puisque les anciens dégagent ou défaillent. On voit donc que Sarkozy fait vraiment tout. C'est lui qui rénove maintenant le PS ! Ce qui promet...

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Publié dans Articles de presse

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