Le gouvernement Castafiore avec Nadine Morano

Publié le par citoyen 52

LES ÉDITOS DE MARIANNE

cocotte-10x10.jpgAvec i>Télé, la chronique de Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.

 

 

 
Il ne faut jamais croire tout ce que les puissants racontent ! Les conseillers élyséens - Nicolas Sarkozy lui-même ! - nous avaient promis un réaménagement ministériel purement formel. Et la forme, comme on dit, c'est du fond qui remonte à la surface. Un fond chiraquo-sarkozyste très à droite. Si le gouvernement s'élargit - 39 membres au lieu des 15 promis au début ! - l'ouverture à gauche, c'est fini. Pas de Claude Allègre, comme je vous l'avais annoncé, pas de Jack Lang, de toutes manières ministre de la Culture à vie… Voici, après l'échec électoral, l'ouverture jusqu'aux sarkozystes, et pas les plus modérés.
L'entrée la plus symbolique est celle de Nadine Morano, l'ex-porte parole de l'UMP que Fadela Amara avait appelé la « Castafiore », pour son ton disons strident et ses « tenues », disons stridentes également, et parce qu'elle avait reproché vertement au secrétaire d'Etat à la Ville d'avoir utilisé le terme « dégueulasse »… L'hôpital se moquait de la charité… Mais Sarkozy justement veut que ses ministres montent au front, alors, en avant pour le gouvernement Castafiore !

Mais avant d'en venir aux autres heureux distingués, restons un instant sur son cas, qui fait grincer nombre de dents. Quand, hier, les hasards de la vie ont fait que j'ai appris la promotion de Nadine Morano dite « Nana la Murène » ou « Madame Sans Gêne », deux surnoms qu'elle déteste, ces élus ont eu la même réaction : « Non, ce n'est pas vrai ? C'est une blague ?... » Ce n'était pas une blague. Non seulement elle rentre au gouvernement, mais « à la famille… » Réponse d'une seule voix des deux parlementaires : « A la famille… moderne, alors. C'est une provocation… » Et ils ne visaient pas seulement son allure ou son parler choc et brut de décoffrage, mais ses positions en faveur de l'euthanasie, du mariage et de l'adoption par les homosexuels, car elle est une libérale qui en même temps est très catholique conservatrice, avec des convictions arrêtées sur l'homosexualité qui « s'explique, selon elle (comme selon Sarkozy) par des critères génétiques », ce qui est pour le moins contestable et contesté…

Nadine Morano et son populo-sarkozysme ont été battus, écarbouillés à Toul, où la députée est arrivée avec 26 % en 3e position seulement. Mais elle a toujours été fidèle au chef, n'hésitant pas à mettre sa gouaille à son service, et à attaquer sans vergogne le PS, qu'elle accusait même récemment encore « de se mettre clairement du côté des assassins… ». Rien que ça… Une telle mauvaise foi, un tel engagement aveugle se récompense au moment où vacillent les fidélités drossées sur l'écueil de la défaite électorale.

Pour rameuter les troupes, pour ressouder les rangs, il fallait donner des portefeuilles comme des hochets aux vaillants soldats. Aussi, l'autre porte-parole de l'UMP, Yves Jégo, spécialiste reconnu de la Ville, avec des innovations territoriales plein la tête, a-t-il été promu à l'Outre Mer… Il faut toujours prendre en compte les compétences !

Alain Joyandet, député maire de Vesoul qui s'occupait des fédérations UMP, est élevé à la Coopération et la Francophonie, ce qui plaira aux militants qu'il bichonnait. Et qui a déjà postulé pour le remplacer ? Christian Estrosi, qui a quitté l'Outre mer pour s'occuper censément de sa cité de Nice, mais qui veut continuer à jouer un rôle national et exige, comme il l'a dit, que la deuxième ville UMP compte dans le débat public. Ajoutons aussi qu'il vise le futur remaniement de janvier prochain que Nicolas Sarkozy a promis ample, et que tous les grands leaders préparent désormais ; chacun guignant une place de choix, y compris celle du Premier ministre.

Mais revenons à nos petits nouveaux, qui sont des très anciens. Comme Christian Blanc, qui avait dû son élection de député à François Bayrou en lutte contre le patron de l'UMP de l'époque, Alain Juppé. Or Christian Blanc a rejoint Nicolas Sarkozy et contribué à affaiblir Bayrou, ce qui vaut rétribution. Il faut savoir récompenser, dans cette féodalité, ceux qui changent de camp. C'est ainsi également qu'Eric Besson, l'ex-socialiste si rapide à prendre le vent de l'avenir, reçoit une nouvelle prime, l'économie numérique en plus de la prospective. Mais Sarkozy s'attache aussi les bons, les très bons élèves, tel Laurent Wauquiez premier de la classe électorale, comme il l'était à l'ENA, et qui vient de conquérir le Puy. Voilà donc ce prometteur jeune homme déjà promu à Bercy pour s'occuper de l'emploi, alors que son porte-parolat revient à Luc Chatel, autre grand charmeur enchanteur qui, lui, s'est emparé d'une ville de gauche, Chaumont, et qui sait donner de la voix. Souvenez-vous de ce numéro qui a fait un tabac sur Internet : Luc Chatel, secrétaire d'Etat à la Consommation en consommateur de choc s'indignait contre la hausse des prix qu'il est censé combattre. « Cette hausse est scandaleuse… Moi qui fais mes courses à Chaumont », protestait-il. Un homme qui est capable de chanter ça, et de faire croire à une telle chanson, méritait bien d'être le porte-parole du gouvernement Castafiore…
 

Mercredi 19 Mars 2008 - 12:10
Nicolas Domenach
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Publié dans Articles de presse

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