Medias : le grand baratin

Publié le par citoyen 52

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 Perdante dans les urnes, l’UMP peut toutefois s’enorgueillir d’avoir su imposer aux journaux, télés et radios sa lecture, très particulière, des résultats du scrutin.

 

Le baratin que les lieutenants de Nicolas Sarkozy nous ont servi depuis le dimanche 9 mars, 20 heures, devrait être étudié dans toutes les écoles de propagande. Si la droite avait largement perdu la bataille électorale dès le premier tour, elle a remporté haut la main celle de la communication.

 

A entendre, en effet, les porte-voix de la Sarkozie jadis triomphante (Valérie Pécresse, Rachida Dati, Christine Lagarde…), la droite avait sauvé les meubles – alors qu’en réalité on venait déjà de lui arracher jusqu’au papier peint ! Ils voulaient même faire croire que, si Jean-Claude Gaudin préservait son fauteuil à la mairie de Marseille, la majorité pouvait crier victoire. Une fable pour enfants de 2 ans qui s’est propagée jusqu’au second tour. Chapeau, les artistes !

 

Le boniment, récité par les perroquets de la majorité et, hélas, par la plupart des médias, tenait en trois points.

 

  1. Ces élections ne présentent que des enjeux locaux. Impossible, donc, d’y lire un quelconque vote sanction,
  2. Comparés à la vague rose pronostiquée par les sondages, les résultats de l’UMP ne sont pas si mauvais,
  3. La preuve : 8 des 13 ministres qui étaient têtes de liste l’ont emporté dès le premier tour.

 

Et le pire, c’est que ces contrevérités se sont poursuivies jusque sur les plateaux de télé du second tour. Malgré la Berezina électorale ! « Des élections locales avant tout, a asséné Xavier Bertrand. Le signe que les Français sont dans l’attente des réformes. » Ben voyons ! « La gauche a partiellement rétabli la situation », a expliqué sans rire François Fillon. Reims, Toulouse, Amiens, Caen, Périgueux, Saint-Étienne : un rétablissement partiel. La bonne blague !

 

Et qu’importe si ce déni de réalité a pu nuire à la mobilisation des électeurs de droite pour le second tour. Ces bobards sont passés avec d’autant plus de facilité que le PS est, une fois de plus, apparu divisé. D’un côté, l’orchestre uni de l’UMP. De l’autre, les solistes socialistes et leurs querelles d’ego. Partition connue.

 

Evacuons d’emblée le sempiternel débat sur les sondeurs : une fois n’est pas coutume, les instituts de sondage ont réalisé un sans-faute – ou presque. Le duel serré à Marseille, le basculement certain de Strasbourg et probable de Toulouse, le triomphe de Colomb à Lyon et de Delanoë à Paris, la victoire au premier tour de Juppé à Bordeaux…Ils avaient tout vu, tout prévu. Du coup, prétendre, comme l’ont fait les ténors de la majorité, que les sondeurs avaient annoncé un raz-de-marée de la gauche pour en déduire que les résultats de la droite n’étaient pas si piteux ressemble à un sacré tour de passe-passe. Ses scores étaient tellement flamboyants que, le soir du premier tour, hasard ou coïncidence, l’ordinateur du ministère de l’Intérieur est mystérieusement tombé en panne. Les quotidiens n’ont même pas pu publier, dans leur édition du lendemain, l’intégralité des résultats ! Quant à Michèle Alliot-Marie, pourtant élue à Saint-Jean-de-Luz, elle s’est refusée à toute apparition publique, se contentant d’un communiqué à 23 h 15. Du jamais vu !

 

En réalité, à l’exception de Laurent Wauquiez, le porte-parole du gouvernement, vainqueur au Puy-en-Velay – ville qui avait majoritairement voté Royal à la présidentielle -, tous les autres succès ministériels du premier tour (Eric Woerth à Chantilly, Luc Chatel à Chaumont…) étaient attendus. Que dire, en revanche, des contre-performances de Christine Albanel et de Christine Lagarde, éjectées des XIIème et IVème arrondissements de Paris ? De Xavier Darcos et de Rama Yade, battus à Périgueux et à Colombes ? Sans parler de Rachida Dati, contrainte à un second tour dans le VIIème arrondissement de Paris ?

 

Mais le plus beau canular que la majorité a fait avaler aux médias, du Figaro au Monde, en passant par les télés et radios, concerne le « faible score du MoDem : 3,74 % ». Sous-entendu : loin des 18 % du troisième homme de la présidentielle. En vérité, dans les 350 villes de plus de 10 000 habitants où le MoDem a présenté des listes autonomes, il a recueilli près de 16 %. Ca n’a pas empêché le JDD de titrer, le jour du second tour : « Le MoDem en perdition ». Mais on n’est plus à un mensonge près…

 

Laurent Neumann (Marianne)

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Publié dans Articles de presse

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