L'appel à la délation

Publié le par citoyen 52

wanted.jpgSécurité : l'appel à la délation généralisée ?

Pour lutter contre l'insécurité, des appels aux témoignages, parfois rémunérés, sont organisés. Dérive ou mal nécessaire ?

 
C'est le « far west » à Villiers-le-Bel. Les violences dont ont été victimes les policiers dans cette ville de la banlieue parisienne, les 26 et 27 novembre, sont inquiétantes. Pour la première fois les émeutiers ont tiré avec des fusils de chasse sur des représentants de l'Etat. Une enquête a été ouverte et Nicolas Sarkozy a promis que les responsables seraient retrouvés et jugés. Dans le cadre de cette enquête, des appels à témoin ont été distribués par la police dans les boîtes aux lettres de la cité où se sont produites les émeutes. Ces tracts promettent l'anonymat et la protection mais surtout une rémunération pouvant aller jusqu'à dix milles euros en fonction de la qualité du renseignement. Cette initiative est une première. Elle est aussi très controversée.

Pour Manuel Valls, député socialiste et maire d'Evry, « placer l'argent au sein des conflits ne va pas arranger la situation dans ces quartiers », il se dit « sceptique sur l'efficacité de ce dispositif » et propose « de mettre davantage le civisme en avant dans les relations entre la police et les habitants. Je le dis sans naïveté, les policiers doivent travailler au plus près des citoyens. Les primes vont envenimer le conflit. »
Un haut responsable judiciaire spécialiste de la juridiction de Pontoise, dont dépend Villiers-le-Bel, est lui inquiet : « Il y a un risque d'erreur, de faux témoignage et de perte de temps. Le témoignage est un devoir civique et républicain, il ne doit pas être monnayable. C'est la course au fric, il est difficile de ne pas y voir un symbole. »

En outre, l'initiative du gouvernement n'est guère ne cohérence avec les principes développés par le candidat Sarkozy durant sa campagne sur le sujet de la délation. Vincent Drezet, secrétaire national du Syndicat national unitaire des impôts et chroniqueur pour Marianne2.fr, revient sur l'une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy qui s'était déclaré contre les témoignages dénonciateurs dans la fiscalité. Drezet réplique, « soit on dénonce toute forme de délation, soit on fait un tri. Ici, il y deux poids, deux mesures. Dans la fiscalité, la délation ne représente qu'une infime part des contrôles. Cette déclaration du candidat Sarkozy n'était qu'une attaque de plus contre le contrôle fiscal. Et pour les banlieues ? Ce type d'enquête est moralement condamnable. Le gouvernement prône à la fois une politique hostile au contrôle fiscal et une politique sécuritaire sévère. C'est une vraie contradiction. »

Expérience dans le Var

L'exceptionnalité des affrontements de Villiers-le-Bel pouvait être invoquée pour justifier l'appel à la délation organisé sur place. Mais on a appris ensuite que le département du Var était le terrain d'une expérience inédite pour lutter contre la délinquance. La police de Toulon a en effet installé un serveur de messagerie à l'hôtel de police pour recevoir informations, photos et mêmes images vidéos d'internautes « citoyens », témoins de délits divers sur l'ensemble du département. Les messages pourront être envoyés par mail à l'adresse police. 83@interieur.gouv.fr et plusieurs policiers seront chargés de trier les témoignages.
L'appel à témoin, récompensé ou non, est prévu par la loi Perben II, ce dispositif est donc entièrement légal. Ce n'est, par ailleurs, pas le cas en Italie où il est utilisé mais officieusement. Selon un syndicaliste de la police italienne, cette tactique est illégale dans son pays mais fréquente de par son efficacité. Pour Joaquin Masanet, le secrétaire national de l'Unsa-Police en France nous a confirmé la nécessité de ce type d'opération. « C'est un moyen très rapide et sûr pour connaître les responsables. Couvert par x, le témoin ne craint rien en informant la police. Il faut faire confiance à la Justice qui sait très bien faire le tri entre faux et vrais témoignages. » Il souligne qu'après l'incendie d'un bus à Marseille lors duquel Mama Galédou avait été gravement brûlée, l'appel à témoin avait été mis en place et a permis de retrouver les présumés coupables. Par ailleurs, le passage à tabac d'un adjoint de la sécurité de Villiers-le-Bel qui avait dénoncé des émeutiers montre que certains contextes de la banlieue rendent difficiles les témoignages. Efficacité ou principe républicain ? Il n'est pas facile de choisir. L'attentat au colis piégé de jeudi 6 décembre contre un cabinet d'avocat à Paris dans le VIIIe arrondissement, marque un pallier supplémentaire dans l'usage de la violence et risque bien de clore le débat plus vite que prévu.
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Publié dans Articles de presse

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